9 mars 2012

Méthodes d’enquête et axes de recherche

La méthodologie

Le projet ANAMIA a consisté en une étude sociologique comparative des réseaux personnels, en ligne et hors-ligne, d’usagers de sites Web sur les TCA dans deux différents contextes linguistiques, culturels et institutionnels, à savoir la France et le Royaume-Uni. Bien que la prévalence des TCA soit assez homogène dans l’ensemble du monde occidental, la France et le Royaume-Uni diffèrent à bien des égards : habitudes et cultures alimentaires, prévalence de l’obésité et du surpoids vis-à-vis du sous-poids, fréquence et intensité des activités en ligne, organisation du système de santé. La comparaison permet donc d’évaluer la place de ces éléments de contexte dans la prolifération des TCA, telle qu’elle se reflète dans leur présence en ligne.

Pour ce faire, ANAMIA intègre un large éventail d’outils méthodologiques : des cartographies du Web, des questionnaires en ligne, des entretiens semi-directifs, de l’analyse de réseaux sociaux et des simulations informatiques multi-agents. Si l’utilisation conjointe des données quantitatives et qualitatives est déjà pratique courante en sciences sociales, tout comme l’est le recours à des données empiriques pour la validation de simulations multi-agents, l’une des originalités de ce projet consiste en l’utilisation combinée de ces différentes méthodes au sein de la même recherche.

La structure de l’Internet ana-mia : une exploration du Web autour des troubles alimentaires

 

Cette partie du projet vise à constituer et analyser un corpus de données extraites du Web, par une méthode de fouille (data mining) combinée avec une démarche ethnographique. Il en résulte une cartographie très riche des sites Web tournant autour des TCA, dans les sphères linguistiques anglaises et françaises, observées à deux moments différents dans le temps.

L’analyse de ces données se propose d’établir une typologie de sites Web, tenant compte d’évolutions récentes que la recherche existante sur le phénomène pro-ana n’a pas encore documentées ; à re-interroger la notion théorique de sub-culture à la lumière de la variabilité des styles et pratiques qui co-existent dans ce contexte ; et à re-tracer l’évolution de la structure de liens qui encadre les interactions entre les usagers de ces sites.

 

 

La socialisation des personnes avec troubles du comportement alimentaire : famille, école, Internet

Cette partie du projet vise à constituer et analyser une base de données quantitatives et relationnelles par un terrain d’enquête en ligne. Un questionnaire Web, avec une interface graphique interactive permettant aux participants de dessiner leurs réseaux personnels, a été créé et diffusé en deux langues, anglais et français. Plus de 300 personnes ont répondu.

L’analyse de ces données utilise des outils statistiques, graphiques et d’analyse des réseaux pour tracer les changements de taille, de structure et de composition des réseaux personnels en ligne et hors-ligne. Elle vise à identifier les rôles sociaux dans les interactions, et à détecter des dynamiques d’influence et d’apprentissage, afin de faire ressortir les fonctions des groupements ana-mia, pouvant aller de réseaux d’entraide facilitant l’accès aux soins, à des communautés épistémiques en concurrence avec les institutions médicales.

 

 

Troubles alimentaires et sociabilité numérique : les représentations sociales de personnes atteintes de TCA

Cette partie du projet s’appuie sur des entretiens en profondeur menés avec 40 personnes volontaires qui, ayant déjà répondu au questionnaire en ligne, ont permis d’approfondir la connaissance et la compréhension des données les concernant.

L’analyse des matériaux recueillis permet d’appréhender dans leur complexité les enjeux de la communication en ligne et du partage des représentations sociales de l’alimentation, du corps et de la santé. L’objectif est de mettre en évidence les rôles et fonctions qu’offrent et remplissent ces nouveaux supports de communication. On observe comment les usagers s’en servent, d’une part, pour interpréter les informations, parfois contradictoires, provenant des institutions de santé et de la pression de la publicité ; et d’autre part, pour gérer la commensalité et les règles sociales conditionnant la prise alimentaire au quotidien.

 

 

La dynamique des interactions sociales dans des communautés ana-mia en ligne

SimulationCette partie du projet élabore, à partir des données d’enquête (surtout qualitatives) collectées dans le cadre du projet, une modélisation de la structure des interactions sociales et leurs évolutions dans le temps. L’approche utilisée est celle de la simulation multi-agents.

Cette démarche permet d’explorer la dynamique des effets de l’influence sociale sur les orientations en matière de santé des membres d’une communauté en ligne. Nourri par des données de terrain, le modèle permet de mener des expériences in silico qui enrichissent notre connaissance de ce phénomène – sur lequel des expérimentations réelles seraient impraticables – et fait apparaître des liens causaux qu’il serait difficile de détecter autrement.

 

 

Enjeux éthiques de la recherche sur la socialité en ligne : le cas des communautés ana-mia

Cette partie du projet explore les enjeux juridiques, déontologiques et éthiques qui se posent dans le cadre d’une recherche comme la nôtre. Il y a d’abord, la question des normes légales qui doivent encadrer l’étude dans le but de respecter l’intimité des personnes impliquées dans la récolte des données. Au-delà de cette dimension qui concerne le droit des personnes au moment où elles sont interrogées, se pose la question des conséquences que pourrait avoir l’enquête sur ces personnes, qui sont en l’occurrence vulnérables. Une troisième question se pose quant à la finalité de l’étude, au sens que l’on peut lui donner afin d’enrayer un phénomène considéré comme portant atteinte aux personnes concernées elles-mêmes.