4 mars 2012

Les contenus scientifiques du projet

Sur le Web, plusieurs sites parlent d’anorexie mentale, de boulimie et d’autres troubles des conduites alimentaires (TCA). Le ton provocateur de certains d’entre eux, allant jusqu’à affirmer que les TCA sont un choix de vie plutôt qu’une maladie, a attiré l’attention des médias et des décideurs politiques, et leur a valu le titre de sites « pro-ana » ou « pro-mia ». Pourtant dans la plupart des cas, il s’agit simplement de pages personnelles, forums de discussion et blogs sur lesquels les personnes atteintes de TCA peuvent s’exprimer librement, sans craindre d’être jugées, réprimandées, ou censurées. Internet, surtout depuis l’essor du Web social, leur offre un moyen de se confier et de constater qu’elles ne sont pas seules : elles peuvent désormais partager leurs soucis, demander conseil, s’entraider, s’inspirer de l’expérience des autres.

Mais comment fonctionnent, plus précisément, ces communautés Web ? Dans quelle mesure peuvent-elles aider les utilisateurs à mieux vivre avec leurs troubles – et même, éventuellement, à les accompagner vers les soins et la guérison ? Dans quelle mesure, au contraire, peuvent-elles véhiculer des influences nuisibles, renfermant les usagers dans des comportements risqués ? Et quel est leur rapport avec les liens, les activités et les interactions en face-à-face – en famille, à l’école, au travail ? Il est essentiel de répondre à ces questions pour avancer dans la connaissance des TCA aujourd’hui, de leur articulation avec la vie de tous les jours, des relations sociales et des pratiques des personnes concernées. On le sait bien, les TCA ne sont pas simples à vivre ; ils ne sont pas non plus simples à expliquer, et malgré d’importants progrès, la recherche récente laisse toujours des zones d’ombre. C’est pourquoi les motivations et les comportements de celles et ceux qui vivent avec des TCA échappent souvent à leurs familles, à leurs amis, et même à leurs médecins.

Le projet ANAMIA se situe dans la continuité des travaux qui, depuis longtemps déjà, ont mis en relief l’importance des déterminants sociaux des troubles alimentaires, et dont les résultats ont contribué à des avancées importantes aussi bien sur le plan scientifique que thérapeutique. Aujourd’hui, la poursuite et l’évolution de cette démarche exigent de prendre en compte et d’étudier la sociabilité en ligne et son rapport avec les formes plus traditionnelles de production et de maintien du lien social.

Une littérature scientifique en plein essor montre, en particulier, des corrélations entre la composition des réseaux personnels et la propagation de l’obésité aux États-Unis, et confirme la pertinence et l’intérêt d’explorer les comportements alimentaires et leurs troubles dans la perspective des réseaux sociaux. Se positionnant dans un cadre théorique similaire, le projet ANAMIA vise à étudier plus spécifiquement la structure, la fonction et l’influence des réseaux sociaux de personnes avec TCA sur leurs comportements alimentaires et leur état de santé. Un objectif essentiel est de cerner les effets sur la santé de la communication médiatisée par ordinateur, et surtout d’évaluer les potentielles différences avec les interactions sociales en face-à-face. En mettant l’accent à la fois sur les réseaux sociaux en ligne et hors ligne, tout en explorant, par la prise en compte de deux pays différents, l’influence des contextes culturels et institutionnels, ce projet constitue une contribution importante à la connaissance de ces processus complexes.